Pays-pensée

Le pays-pensée étale sa lande
Maternelle en une prairie de mots
Où les idées qui y fanent l’amendent
Et sans relâche enrichissent son terreau.
Cent fois le jour il est des vents qui carressent
La chevelure de songes et l’aèrent
Dans des tourbillons d’ondoyantes grammaires
Qui ébourriffent des mots de cent espèces.
Arabesques de courants et de volutes
En vagues brassent la friche de pensées
Qui prend tout son sens si de loin l’on écoute
Mais à l’approche s’évapore l’idée.
Dès cueillis, les mots, l’instant d’avant pleins de vrai,
Ne sont dans le panier plus que fleurs fanées,
Car le courant dont elles sont animées
Est lui passé entre les mailles du filet.
Quelle voile pour ce vent de canopée ?
Quelle maille si serrée pour la brise
Qui inspire la cîme de nos idées
Que les mots fanés de leurs masques déguisent ?
Restent les senteurs qui les dernières fanent
Sous les pétales de mots, c’est le souvenir
Sans nom qui du vent a préservé l’élixir,
Et à qui sait y lire c’est une manne.

Première matière

Il semble ces temps-ci qu’une chose force
Et me prend, je sens qu’on cherche qu’on m’ausculte
Les parties dures, une patte d’ourse
De ses griffes m’arrache ou bien me sculpte ?

Les coups que je ressens s’approchent de ma loi,
De l’angle, est-ce un hasard ou ça tente ?
Il semble bien que ça cherche une fente
Le point de faiblesse pour pénétrer en moi.

Il n’est plus de doute, déjà ça progresse
Et ouvre une crête le long de mon flanc
Ça se répète, ça comprend le convexe
Et s’acharne à l’angle du détachement.

Mais je sens un parcours pensée-matière
Qui pousse en moi et passe ma frontière,
Ça projette deux faces dans la lumière
Épanelle le cortex de mon mystère.

C’est bien ça, ici se dresse la pliure
Il y a en mon sein et qui me transcende
Une force qui pousse où je suis dure
Et fait que la symétrie y descende.

Ça refait l’amande mais déjà se lasse
Et inscrit désormais le triface en moi,
La force sépare de mon cœur les éclats
Qui en série s’affinent et grandissent.

En fines coutures les crêtes se posent
Une longue courbure c’est la carène
Que la force amoureusement abrase
Corrigeant le cîntre en retouches planes.

C’est art-science que la force me donne
Et dresse dans l’initiale silice
De mes tréfonds rocheux une forme biface
Qui fait matrice aux lames magdalènes.

Grande connaissance que porte la force
Dans ma matière, et déjà me délaisse
Vers métal se tourne l’intelligence,
La force romp ses fiançailles au silex.

Impossible quête

Impossible quête celle du poète
Cherchant les mots de Dieu dans le capharnaüm,
Amen, Aman, Amin, tout en fait n’est que l’AUM
Qui seul se dessine entre cœur et tête.
D’un mot produits tout les poèmes se trament
Si de l’AUM on trouve une rime d’homme
Alors l’Âme s’arrime au son de femme
Et il tient ainsi l’Immanence qu’il aime,
Mais nul poème quand solve la substance
Il lui faut dès lors user de stratagèmes
Coaguler ses mots autour de la gemme
Qu’à l’ineffable se donne consistance.

Face à Face

Varient sans cesse les mots et les notes
Qui néanmoins laissent un air de déjà-vu,
Une ritournelle qui en tête trotte
Et nous entête, avons-nous bien entendu ?

C’est d’une chansonnette la même face
Qui répète ses rayures et ses craques
Jusqu’à l’intuition, comme une claque,
L’infini tourbillon du vinyl s’efface.

La chanson regarde d’où naissent ses notes,
Il y vibre l’idée adamantine,
Touchant le disque éclaire une grotte,
Clarté qui comme en un saphir s’affine.

C’est un fil qui mène à une machine,
Et enmène l’air en une épopée,
Cadrans et leviers subtils, la mélopée
Remonte le courant jusqu’à une usine.

Tout les jus ici convergent, se dit-elle,
Mais de quelques façons qu’ils viennent la source
Est bien la même, cueillie ou fossile
C’est de l’astre solaire que vient la force.

Une lumière d’or surprend notre chanson
Qui plus loin encore le courant remonte
Ou bien retourne ? Il semble une route
Un échangeur lui donne la direction.

C’est une couleur platine qui l’attire
Familière et neuve est la senteur
Mais c’est l’envers du décor qu’elle admire
Et révèle l’axe qu’anime un moteur.

L’or du soleil qu’elle amène éclaire
Et fait sa surprise devant la tournure
Trente et trois gyres elle en est sùre !
Elle est en dessous de sa maison-mère.

Sur tout, ce qui repose là la sidère,
Elle en perd ses mots, son air et son La ! là ! La!
Une autre face se cache ! quel mystère ?
Et en grosses lettres est inscrit Face A !

Tout un monde

Il est tout un monde qui en nous pénètre
Que l’on accueille avec des mets avariés
Qu’il cueille quand il a passé la fenêtre
Le long de ce filtre autant qu’il peut entrer.

C’est une fois les mains pleines qu’il rebrousse
Et dépose sur le filtre sa substance
En échange de la vie cette danse
Il nous donne en fait en quittant la housse.

C’est dans l’accueil qui lui est fait qu’on lui donne
Et dans son abandon qu’il tient ses promesses
Qui le retient meurt et vit qui l’abandonne
Aux deux il offre d’odorantes carresses.

Amants

Contemple-les dans leur indicible danse
Elle s’entre-matière, il fait de l’esprit
Verbe la conquiert tandis qu’elle le séduit
De ses réponses qui s’offrent en des transes.
Tout en l’attrapant elle se donne toute
Et sous son étreinte il apprend en prenant
Il ne connait pas ce qui s’expérimente,
En elle et lui le principe connaissant.
Elle est l’Amante d’une part de l’Univers
Livre à l’Amant toutes ses consistances
Retient en échange de ses connaissances
Une carte pour sortir de cet âge du fer.
Il est des cents des milles elle est seule
Et les porte tous, c’est notre Terre-mère
Matrice que l’aimant en son sein isole
Et gobe l’illusion d’être solitaire.
Nous hommes et femmes ne sommes que reflets
D’ébats qui transcendent et en nous se trament
Coït de matière pénétrée d’âme
Et si ça provenait de cela qu’on s’aimait ?

Ok dico

Homme vient d’humus dit le Littré, et humble.
On sens comme l’humide dans l’humilité
Hominidé d’argile c’est l’humanité
De Bhûmi la sanskrite Terre arable.
C’est entre les grains qu’est inscrite la fable,
S’il faut qu’on se donne par capillarité
Essayons donc la science de l’affable
Que l’étymologie nous met sous le nez.
Si l’humiliation est en soi déluge
C’est qu’est sec notre sol nos terres arides
S’inondent s’ensevelissent nos rivages
Si l’humus reste revèche au fluide.
Serait-ce en ouvrant ses pores au monde-
Sol comme sous-bois s’abreuve qu’on est humble ?
Connaissance d’eau qui en terre s’assemble…
Dico ! Bonne mer où l’âme vagabonde…

Voie Lactée

L’amour est un lait, au sein de nous se donne
Dans sa robe blanche vers les sécheresses
Il inonde tout ceux qui à lui s’adonnent
Épanche l’assoif Ô ma donne-laitance

C’est du lait d’autrui d’une mer à l’autre
Que s’abreuvent tout nos arides rivages
Le lait des molécules fait arrimage
Au voyage sur l’océan de nos boutres

La route du lait est la Voie Lactée
Quand c’est d’amour que l’on navigue au long cours
Mais même au mouillage à la jetée
Fais que tu allaites la Terre mon amour

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